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Interview Antoine Herteman

« Il est encore nécessaire de subventionner la mobilité électrique »

Antoine Herteman, Président de l’Avere France

Créée en 1978, l'Avere-France est l'association nationale qui représente l'ensemble de l'écosystème de la mobilité électrique. Son Président, qui est un ancien de Renault, donne sa vision sur le contexte actuel en exclusivité pour Electric-Road.

L’Europe a décidé de mettre fin au moteur thermique en 2035, imposant de fait la mobilité électrique dans l’automobile. Que vous inspire cette décision ?

C’est une confirmation de plus que la mobilité électrique est appelée à se généraliser. Il n’y avait plus vraiment de question sur le fait de savoir s’il faut y aller ou pas. On peut voir que les constructeurs sortent de nouveaux modèles et que leurs annonces laissent entrevoir un taux d’électrification proche de 100 % d’ici 2030, voire avant. De plus, les autonomies sont en hausse constante. Elles ne sont pas encore au niveau du Diesel, mais sont proches aujourd’hui de l’essence avec jusqu’à 600 km dans le haut de gamme, entre 350 et 400 pour les citadines. Je crois qu’il faut être pragmatique et essayer de concilier l’offre et la demande, ce qui passe aussi par un soutien politique. Si l’électrification du transport est inéluctable, il faut l’accompagner par des mesures.

Que préconisez-vous justement ?

Pour dynamiser le marché, il est encore nécessaire de le subventionner par des aides à l’achat car les prix restent encore trop élevés. On verra en fin d’année si la baisse du bonus pour les voitures depuis le 1er juillet aura un impact ou pas. D’une certaine façon, elle est compensée par le bonus de 7 000 euros mis en place sur les gros utilitaires électriques. Je voudrais préciser au passage que le gisement se situe également au niveau du marché de l’occasion, car il se vend 3 fois plus de voitures de ce type que de voitures neuves. Auparavant, l’offre était inexistante mais elle commence à être plus conséquente. De la même façon, il faut poursuivre l’effort financier pour la recharge, afin de sécuriser les investissements des opérateurs. D’ici quelque temps, nous aurons épuisé l’enveloppe de 100 millions d’euros du programme Advenir. Il sera donc nécessaire d’avoir de nouveaux fonds et même de les augmenter. Certes, les utilisateurs actuels rechargent à 90 % chez eux ou au bureau, mais il est nécessaire de subventionner aussi la recharge sur autoroute et voies rapides, ainsi que dans les collectivités par exemple.

Vous êtes confiant par rapport au déploiement des bornes de recharge ?

Aujourd’hui, on est à environ 40 000 points de recharge publiques. Il faut bien voir que la France en compte au total entre 600 et 700 000. Il faut donc accélérer cette dynamique, mais je suis d’un naturel optimiste. Il est important que les acheteurs puissent trouver facilement une borne qui fonctionne et à un tarif correct.

Quel regard portez-vous sur les autres formes de mobilité électrique ?

La mobilité légère s’est beaucoup développée avec les trottinettes et les vélos à assistance électriques. On peut aussi citer les scooters, les motos, mais aussi le renouveau des quadricycles comme l’AMI chez Citroën ou le Twizy chez Renault. C’est bien de pouvoir louer tous types d’engins électriques, même s’il est nécessaire d’encadrer parfois leur usage. Ensuite, nous avons des formes de mobilité plus lourde. S’agissant des bus électriques, je suis serein car l’Avere-France a préparé un guide avec l’ensemble des acteurs pour aider les gestionnaires et les collectivités à s’équiper. La même visibilité devrait s’acquérir prochainement pour les camions, qui sont concernés aussi par l’interdiction du moteur thermique et vont donc basculer dans l’électrique. Et puis, il y aussi la mobilité fluviale et navale qui entre dans le périmètre des actions de notre association. Nous verrons plus tard pour les avions.

Pour quelle raison soutenez-vous le congrès Electric Road ?

C’est le point de rencontre important entre les parties prenantes de la mobilité électrique. Il se trouve que notre écosystème implique beaucoup d’acteurs, entre les constructeurs de véhicules, les fabricants de bornes, ceux qui ont en charge les réseaux, les énergies renouvelables, ou encore ceux qui aménagent les places de stationnement, etc. Le congrès permet justement d’alimenter ces échanges et de communiquer vers le public. Il n’y a rien de mieux que des évènements comme Electric Road.