La 6ème édition du congrès ELECTRIC-ROAD aura lieu du 18 au 20 octobre 2021.

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Renault : un pionnier de l’électrique qui se réinvente

Figurant parmi les premiers constructeurs à avoir choisi la voie de l’électrique, la marque au losange réaffirme ses ambitions dans le cadre du plan « Renaulution ». Et la France sera au cœur d’une offensive associant à la fois l’électrique à batterie, ainsi que l’hydrogène.

Depuis exactement dix ans, Renault propose des véhicules électriques. Si la marque est partie plus tôt que d’autres, cette expérience lui vaut d’être leader en Europe. Elle a écoulé près de 100 000 véhicules sur le continent en 2020 (+ 80 %). Sous le label E-Tech (qui comprend à la fois les véhicules hybrides, rechargeables ou non et les 100 % électriques), le constructeur français affirme avoir vendu à ce jour 460 000 véhicules électrifiés (dont plus de 300 000 électriques). La gamme zéro émission se compose essentiellement de la ZOE, qui reste le best-seller, mais également de la Twingo Electric, de la Dacia Spring, des utilitaires (Kangoo et Master) et de l’atypique Twizy. L’ancienne berline Fluence Z.E poursuit sa carrière en Corée sous la marque Renault-Samsung, où elle répond au nom de SM3 Z.E. Mais, face à une concurrence exacerbée, et à la montée en puissance d’acteurs comme Tesla et Volkswagen, il a fallu réagir. Déjà, Renault va travailler en plus étroite collaboration avec Nissan et Mitsubishi dans le cadre de leur alliance. Ainsi, une nouvelle plateforme commune (CMF-EV) a été développée. C’est sur cette base qu’est né le SUV Ariya chez Nissan et que la nouvelle Mégane e-Tech Electric (également appelée MeganE) sera réalisée.

Sous l’impulsion du nouveau directeur général, l’italien Luca di Meo, un plan de relance vise à faire du groupe un acteur majeur de l’électrique. Le plan (Renaulution) entend repositionner les marques et lancer une véritable offensive en matière de produits. Ainsi, la marque Alpine (qui donne son nom à l’écurie de Formule 1) ne produira plus à l’avenir que des modèles 100 % électriques et sportifs (dont une version inédite de la Berlinette A110 développée avec Lotus). Du côté de Renault, deux modèles iconiques vont faire leur retour dans une version électrique. Il s’agit de la mythique R5 et de la 4L. Pas moins de 7 modèles électriques seront lancés au sein de la marque au losange d’ici 2025. A cette date, Renault aura le mix produits le plus « vert » d'Europe, avec 35 % des ventes en hybrides. Le groupe en profite aussi pour lancer la marque de mobilité Mobilize. Celle-ci étrennera un petit modèle destiné à l’autopartage et qui sortira en 2023. Le prototype, baptisé EZ-1, préfigure en fait le remplaçant du Twizy. Et à terme, ce nouveau label proposera d’autres véhicules pour des trajets avec chauffeur, de l’autopartage, de la livraison du dernier kilomètre et du transport à la demande.

La stratégie s’appuie aussi sur un pôle industriel solide. Ainsi, Renault va se doter d’un « Electro pôle » qui sera basé dans le nord de la France. Sous le nom « Electricity », il vise à produire 400 000 véhicules électriques par an à l’horizon 2025. Mais le projet industriel prévoit aussi de rassembler un écosystème complet avec des centres de recherche, des universités, des start-ups et des fournisseurs. L’idée est de réunir trois usines : celle de Douai (qui va produire dès cette année la nouvelle Mégane électrique, donnée pour une autonomie de 450 km), celle de Maubeuge (où on fait le Kangoo et des utilitaires pour Mercedes et Nissan) et celle de Ruitz, qui accueillera une nouvelle activité de fabrication de composants électriques. Ce pôle sera supervisé par Luciano Biondo, qui travaillait auparavant pour l’usine de Toyota de Valenciennes. L’objectif est clairement de devenir la référence en Europe, en matière de savoir-faire et de production, sur l’ensemble de la chaine de valeur de la voiture électrique.

Et ce n’est pas tout. Renault a aussi l’intention de jouer un rôle dans l’hydrogène. Le groupe a des ambitions dans le marché de l’utilitaire, où il estime que cette forme d’énergie a du potentiel. Il vise une part de marché de 30 %. Depuis 2014, Renault jouait un rôle de pionnier en proposant une version du Kangoo Z.E avec un prolongateur d’autonomie utilisant une pile à combustible (fournie par Symbio, une société aujourd’hui codétenue par Faurecia et Michelin). Mais, la marque a décidé de changer de partenaire et de s’associer à Plugpower, le leader mondial du secteur (avec plus de 40 000 unités écoulées à ce jour dans le monde). L’accord avait été révélé en janvier, juste avant la présentation du plan Renaulution. Tout récemment, Renault a levé le voile sur la nouvelle coentreprise qui a pour nom HYVIA (à prononcer à l'anglaise, c’est une contraction de «HY» pour l'hydrogène et du mot latin «VIA» pour la route). Comme promis par Luca di Meo, les activités de HYVIA seront implantées en France. Le siège social de la coentreprise ainsi que les équipes de R&D seront localisées à Villiers-Saint-Frédéric (Yvelines), centre d’ingénierie et de développement des véhicules utilitaires pour le groupe Renault, afin d’optimiser les synergies. A noter que la coentreprise est détenue à parts égales par les deux partenaires et est présidée par David Holderbach qui a plus de 20 ans d'expérience dans des fonctions stratégiques produit et vente à l’international, au sein du groupe Renault. Les équipes process, fabrication et logistique seront installées à Flins (Yvelines), dans le cadre du projet Re-Factory*, pour démarrer l’assemblage de piles à combustible et de stations de recharge à partir de fin 2021. L’intégration des piles s’appuiera sur les compétences de PVI, filiale poids-lourds de Renault depuis 2017, située à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne). Les premiers véhicules, basés sur le Master, sont produits à l’usine de Batilly (Orne). La marque prévoit trois déclinaisons basées sur Renault Master : deux pour le transport de marchandises (version Fourgon et version Châssis cabine grand volume) et une pour le transport de personnes (version City bus). Hyvia promet une autonomie de 500 km (contre 120 km en mode batterie) et un temps de recharge de 3 mn. Les véhicules seront commercialisés à partir de fin 2021 en Europe et accompagnés par une offre de stations de recharge et de fourniture d’hydrogène vert.

Avec cette nouvelle organisation, qui capitalise sur une connaissance unique des composants, des batteries et de l’infrastructure de charge, Renault devrait pouvoir rester un leader de la mobilité électrique.

* Un autre volet du plan de relance vise à faire de Renault un leader dans l’économie circulaire avec des services dédiés aux véhicules électriques et à l'énergie (recyclage de batteries) grâce à la Re-Factory à Flins, le site qui va produire la ZOE jusqu’en 2024 avant d’être reconverti.